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Un café Basile




Il y a cette glace sans laquelle vous ne percevez la pureté de votre visage humain. Il est asymétrique, pourtant vous avez essayé d’être heureuse. Il y a ce quartier qui sans cesse vous renvoie à cette rencontre, digne, nacre, d’un bleu presque sincère. 
Pourquoi ce besoin d’être deux est-il si fort? Vous m’aimez et moi je pense à vous. Nous sommes sorties de notre lit ce matin, il était clair, non il était mièvre, il avait de l’allure, si seulement il tenait juste deux buts.  

Vous renaissez devant cette peinture exacte de votre visage. Ocre-né , comme dédoublé par la vie. Une heure passe, elle est toujours assise au café. Café Basile, sans charme, vierges dames aux cheveux aciers et café en machine. Sur une montagne de sable que forge le soleil, le peu de sel que ses larmes consument fait ruisseler sa vie. Elle laisse son coeur à la fugue, peut être trop vite, peu être trop loin. Une odeur d’écorce écorche la terrasse. En ce moment, elle irrigue le cours de ses mots. 

Elle va boire une deuxième boisson caféine, parce que dans le jour, on n’est jamais assez éveillé.  Elle va boire parce qu’elle ne mange pas, parce que dans l’idéal des hommes, les femmes gardent devant le pain, la bouche close. Elle va boire sans oublier et contempler comme s’il était un trésor le plat de son voisin. Son voisin pourra avoir vingt-quatre ans, vendre des melons cuits ou cuisiner des violons, elle ne se souciera que du contenu de son assiette, mi porcelaine, mi courbe de vie. 
Puis il y a cette muse des quatre années, cette muse aux lèvres pourpres qui est entré il y a maintenant trois mois à l’école maternelle. 
Chacune de ses cernes est une émeraude douce. Vous souhaiteriez qu’elle ait le parfum tendre de sa voix, quand au creux de votre rencontre, il déclarait se sentir proche de vous. 
Il y avait un trajet long comme cinq cigarettes consumées entre le jardin d’enfant et le café B. 

Pourquoi tu as les yeux mouillés maman ? 

Parce qu’un homme n’a pas retrouvé son lit, avant la nuit, afin d’y dormir. 

Meryl ne comprenait pas, les mots de sa mère étaient sans feu, un peu comme la mort au fond. Tout avait commencé avec une étreinte, en ce samedi matin, elle avait saisi une part nouvelle du caractère de sa mère. Une étreinte dans un appartement clos aux aubes de l’Assemblée Nationale dans le 7ème arrondissement de Paris. Elle jure et parjure, à qui veut bien l’entendre qu’elle ne lira jamais les journaux de grands. Elle ne lira jamais ces Elle ou ces Marie Claire.  


Il y a la voix de ce serveur provincial que l’on oubliera sans peine « Le croque Madame for Sir, et le croque Monsieur for Madam. »


Chaque fois que sa mère montrait son inquiètude, Meryl soufflait, face contre table de bois clair que l’on aurait dit des larmes, mais pourpres.